Qui?
Qui?
Qui?
Je compose depuis plus de vingt ans pour le théâtre, le cinéma, la danse et toutes sortes de domaines artistiques — du cirque à des installations sonores d'art public ou muséales, en passant par des balados et des audioguides.. J'ai travaillé jusqu’à maintenant avec une trentaine de compagnies de théâtre à travers le pays et une foule d’organismes culturels, des plus petits aux plus grands, tel que le Ballet National du Canada, Moment Factory, l'ONF, Télé-Québec ou Radio-Canada J’ai composé et mixé comme DJ sous le nom de Montag pendant plus de dix ans, ce qui m’a amené à tourner un peu partout au Canada, puis en France, au Japon, au Mexique et aux États-Unis. Une chance inouïe. Aujourd’hui ma musique voyage autrement : à travers des installations sonores, que ce soit dans le métro de Tokyo, au Boston Science Museum ou au théâtre Le Diamant à Québec. Mes sons se promènent aussi dans les rues de Montréal grâce aux nombreux parcours audioguidés de l’application mobile Portrait sonore. Mais c’est le théâtre qui m’occupe plus que tout. Je ne me lasse pas de trouver des musiques pour soutenir un récit, quel qu’il soit. Et à mon grand bonheur, toutes ces pièces sont jouées sur différentes scènes, d’un océan à l’autre. Chacune de ces collaborations m'a emmené un peu plus loin — géographiquement, mais surtout artistiquement. Et finalement, comme j’ai aussi publié un livre, j’imagine qu’on peut dire que je suis aussi auteur — à mes heures…
Comme vous allez peut-être le remarquer en lisant les textes qu’on y retrouve, ce site est en quelque sorte une grande carte de remerciement à toutes les personnes avec qui j’ai eu le privilège de créer. Si votre nom ne figure que dans les crédits, dites-vous que je ne vous suis pas mons reconnaissant de ce que nous avons accompli ensemble. Chacune de vos idées, chacun de vos projets m’ont fait évoluer de manière inattendue. Un immense merci à vous tous.tes.
Ça, c'est la réponse professionnelle à la question « qui ? »… la version plus personnelle (et bien plus longue) est juste ici. C
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“NONI”
Quand mon père faisait descendre l’aiguille sur un disque datant de 1973 absolument chaque soir, ce n’était pas pour réécouter mille fois Angie des Stones, devenu l’hymne de mes parents - c’était pour moi : l’Adagio d’Albinoni (ce ne serait pas lui qui l’a composé en fin de compte, mais on s’éloigne du sujet..). C’est donc au son de l’orgue monotone et des pizzicatos des violoncelles et contrebasses que je plongeais immanquablement et presque immédiatement dans un état de suspension dont mon corps se souvient encore. Le son du violon avait un effet magique sur moi, un envoutement total. Je peux bien être devenu mélancolique. Et le comble, c’est que j’aurais prononcé son nom avant même de dire maman: Noni.
UN PETIT CRÈVE-TYMPAN
Ma mère savait très bien que son fils était devenu le fan #1 de Vivaldi avant même d'entrer à l'école. Je me souviens encore du moment où elle m'a demandé si j'aimerais jouer d'un instrument de musique. « Le violon. » Un bonheur pour moi — un calvaire pour mes parents, du moins pendant les deux premières années. Le seul son qui, à ma connaissance, surpasse en horreur celui d'un enfant jouant d’un seizième* est celui des ongles sur un tableau. Heureusement, je me suis rattrapé un peu plus tard. Et le violon — la musique classique — m'a accompagné chaque semaine de ma vie pendant plus d'une décennie. Du Camp de Lanaudière jusqu'à Star d'un Soir (vous avez bien lu).
*le plus petit des violons.
DELUXE MUSIC CONSTRUCTION SET
C’était le nom du logiciel du Macintosh Plus de mon père sur lequel j’ai fait mes premières compositions (c’est un grand mot). Pour les plus geeks d’entre vous, regardez les premières secondes de ce vidéo, sautez ensuite à 6:45 et vous allez tout comprendre. Résultat: de courtes explorations sonores inécoutables qu’on pourrait décrire de lo-fi baroque électronique, mais que j’aimais écouter en boucle des heures durant, le tout sur des disquettes perdues depuis des lustres . Sans le savoir, j’étais arrivé à l’intersection qui vit encore en moi : celle de l’électronique et du classique. Quelle chance d’être né à l’ère des ordis - même à leur stade le plus archaïque. C’est encore de la magie pour moi tout ça.
UN PREMIER SYNTHÉ
Je ne me doutais pas qu'un jour mon premier Walkman puisse se faire détrôner par un autre « jouet » : un Yamaha PSS-270 offert par mon père qui peut jouer — roulement de tambour — 100 sons. Et quelques beats piteux… sans parler d'auto-arrangements franchement horribles. Peu importe : c'était pour moi l'extase totale. J'ai tellement joué sur ce clavier que j'ai l'impression d'y avoir vécu. Chaque sonorité — des énigmatiques et très cosmiques son intitulés « Comet » et « Crystal », en passant par « Wave », des vagues de bruit blanc numérique dégradé — tout de ce petit synthé et ses sons électroniques sont entrés dans mon ADN musicale.
Merci papa.
FFW >>
Il y a toujours eu de la musique partout-tout-le-temps chez nous. Dans le salon, dans la cuisine, dans la voiture, le matin, le soir. Mon père était le premier coupable avec sa collection de disques qui me paraissait infinie — 33 tours à la tonne, des piles de 45 tours, et avec l'arrivée du CD qui remplaçait les valises de cassettes, c'était exponentiel. De la musique de boomers, en veux-tu en v'là : les Beatles et les Stones, of course, du surf rock psychédélique, The Seeds, du Blue Cheer et bien de la guitare. Le prog rock était énorme aussi : Even in the Quietest Moments de Supertramp, sorti l’année de ma naissance, était le plus suprême des classiques. Donavan, Dylan, Peter, Paul and Mary, Led Zep, mon père était ma première encyclopédie musicale. C’est aussi lui qui m’a appris à écouter de la musique sans forcément l’aimer tout de suite, de chercher ce qui la distingue, sa texture, sa couleur. Steve Reich, Philip Glass et tant d’autres sont venus ouvrir mon ouïe encore davantage. Merci Denis.
La musique n'était pas juste chez nous — elle était partout ailleurs aussi. Marie-Élizabeth, la grande sœur de ma meilleure amie d'école qui avait huit ans de plus que nous, écoutais de la musique qu'on trouvait tellement « moderne » : Anne Clark, Depeche Mode, Kraftwerk, The Cure, New Order et autres groupes new wave bien plus obscurs, sans oublier Niagara, Béru ou Daho du côté franco. Très euro tout ça. S’il y avait du synthé, j’étais vendu de facto. Du matériel parfait pour faire nos compilations “best of” de l’année en cours sur cassettes. Tout était forcément culte pour le fan de musique que j'étais depuis toujours. Par tous ces groupes, la musique était plus qu'un univers en soi — c'était devenu une identité. On devient la musique qu'on aime. Merci Agnès. Merci Marie.
SIMON
- C’est quoi ton album des Cure préféré?
- Pornography
J'avais osé poser la question parce que Simon avait un badge de The Cure sur son sac. On était forcément du même clan. Je devais l'admettre à moi-même : Simon s'y connaissait plus que moi en pop britannique. J'étais fan de The Smiths et sa bande, mais j'étais plutôt resté figé sur A Head on the Door — pas mal plus léger — et surtout Standing on a Beach, une compilation sur cassette que j'adorais écouter en lisant de la science-fiction, plus particulièrement Chroniques martiennes de Ray Bradbury. La combinaison des deux était l'équivalent pour moi d'essayer de la drogue forte. Voyage astral assuré. Pas étonnant que je m'assurais de regarder vers son bureau quand il arrivait en classe, parce qu'il avait l'habitude d'y déposer des cassettes. Joy Division, Cranes, Suede, Saint Etienne. Et puis un jour, il me refile une cassette. « Tu écouteras ça, je pense que tu vas aimer ça. » Il avait cué sa cassette sur un morceau en particulier. French Disko. Stereolab était aussitôt devenu une de mes grandes obsessions musicales... Et vous dire la chance d’aimer un groupe comme celui-là qui évolue de manière complètement transformative, explore des répertoires de musique oubliée, incorpore des influences de tous les horizons, du jazz à la musique brésilienne, du krautrock en passant par les théories marxistes. Jamais un seul groupe ne m’aura fait vivre autant de choses. Le fait que les paroles de Laetitia Sadier soit autant philosophique et poétique y est pour quelque chose - moi qui ne porte pas souvent attention aux textes de chanson… Tim Gane et tout ce qu’il a composé me fait réaliser la chance que j’ai d’aimer la musique autant. Une obsession, donc. Et ça se poursuit.
Merci Simon. Merci Stereolab.
DE JETGIRL À JETBOY
Fan fin de l'émission L'Exil ésotériquede CISM, la station de l'Université de Montréal, j'ai eu l'audace d'envoyer mon propre projet d'émission avant même d'avoir terminé mon collégial. J'avais imaginé L'Étranger comme une émission de musique… étrange. Titre révélateur : j'étais un étudiant en lettres de 17 ans après tout alors pourquoi pas ne pas faire référence à Albert Camus et du même coup à une chanson de The Cure à leurs débuts, elle-même inspirée des premières phrases du roman. J'avais donc préparé mon démo avec soin, enregistrée avec les moyens du bord et je suis allé déposer ma cassette en personne. Les locaux de la station et les gens qui s'y trouvaient étaient intimidants. « Croisons les doigts. » Suspense. Projet accepté — je n'y crois pas. Créneau horaire accordé : de minuit à trois heures du matin, dans la nuit du jeudi au vendredi. Passé minuit : aucun quota, liberté totale de programmation musicale. Pour moi, un grand bonheur. Le studio devient mon refuge, se transformant la nuit en sorte de capsule spatiale avec sa console années 70 aux boutons illuminés jaunes et rouges. Difficile de croire que j’étudiais le droit à McGill à ce moment-là. Le contraste entre le Chancellor Day Hall et le studio de CISM ne pouvait pas être plus grand. Un jour alors que je parcourais les nouveaux disques à la station, j'entends jouer de la musique britannique depuis le studio voisin. C'est Elsie Martins qui anime Jetgirl, fanatique de britpop elle aussi. Une amitié immédiate autour d'un amour commun de Pulp, Elastica, Echobelly et j'en passe. Je me sentais soudainement moins seul dans mon obsession. Quelques semaines plus tard, on anime ensemble Jetgirl, Jetboy. Mais Elsie doit quitter le bateau après avoir été choisie par Musique Plus pour devenir VJ. Je prends les commandes en solo. J'animerai Jetboy pendant les six prochaines années — d'abord spécialisée en britpop, puis en pop venue d'Europe.
Merci Elsie.
OHNE
C'est dans la boutique L'Oblique que mon ex Patrice était tombé sur une petite annonce de babillard : «Cherche à former groupe — influences : The Breeders, Stereolab, Sonic Youth, Broadcast.» Tiens donc, un autre fan du Lab. Me voilà avec le numéro de téléphone d'un certain Olivier qui allait devenir mon premier coloc et très bon ami. Nous n'avons pas été assez courageux pour aller au bout de notre projet de band — qu'on avait appelé Ohne, « sans » en allemand, peut-être parce qu'on ne voulait pas vraiment avoir de groupe au fond — mais lui et moi composions beaucoup entre l'écoute de nos nouveaux disques, en commençant par ceux de Stereolab. C'était assez jouissif d'habiter avec quelqu'un qui aimait la musique autant que moi, et la même que moi. Nous passions des soirées entières à ne parler que de ça, remarquant à tour de rôle les plus fins détails de leurs arrangements. Au moment de passer à notre propre musique, on comptait sur le Korg Polysix qu'Olivier avait et mon Yamaha CS-20M que j'avais acheté à mes 18 ans chez feu Technopolis, une boutique de synthés vintage près de la station Laurier. On arrivait à plonger ensemble dans des compositions qui exploraient parfaitement les dimensions sonores des groupes qu’on idolâtrait autant l’un que l’autre. Olivier était particulièrement motivé à faire la récolte d’échantillons tirés de vinyles de musique concrète et contemporaine qu'on empruntait ensemble à la Phonothèque, au coin Roy et Saint-André. C’était une tâche fastidieuse qui ne le ralentissait pas un instant. On passait en revue ensemble des tonnes de disques — du Varèse, du Stockhausen, et d'autres musiques improbables aux pochettes qui l'étaient tout autant — à la recherche du bon son à mettre en boucle sur un vieux sampler à disquette pour construire notre prochain morceau. Technique qui allait me servir plus tard dans mes propres premières composition. Je n’oublierais jamais que mon chemin de compositeur est né dans cette collaboration, dans l’inverse de la solitude, une grande amitié.
Merci Olivier.
JETBOY DEVIENT DJ
En passant au coin Saint-Laurent et Duluth, à deux pas de notre appartement, je découvre un nouveau bar qui ne passe pas inaperçu. Une déco un peu rétro-futuriste, une mosaïque de panneaux carrés de différents tons et de miroir, des banquettes feutrées. Il venait tout juste d'ouvrir : le Laïka. L'endroit me semblait trop branché pour moi. J'avais immédiatement remarqué l'équipement de dernier cri pour DJ, impeccablement placé dans un module sur roues fait sur mesure dont le revêtement s'harmonisait avec les murs. Je me suis dit que j'avais chez moi quelques disques qui pourraient bien fitter avec la place. Je me suis donc pointé là, prenant mon courage à deux mains, pour proposer mes services. Le proprio, le grand et élégant Bruno Ricciardi-Rigault, m'accueille. Son charme et sa désinvolture m’intimidaient. « Bah ouais, viens les lundis soirs et on verra bien. » finit-il par me dire. Et c’est de cette façon que pendant deux ans j’ai apporté ma caisse de lait remplie de vinyles pour mixer dans ce qui a été, à mon avis, l'un des plus beaux bars de ma ville. Que des bons souvenirs au son de To Rococo Rot, Fridge, Tarwater, Air, des remix de Stereolab (of course), et autres ambiances rétro-sophistico-post-minimalistes. Je pense que chaque dollar que je me suis fait au Laïka allait directement dans les poches des disquaires du coin — à L'Oblique et au Disquivel surtout. Après tout, je ne pouvais pas jouer la même musique chaque semaine… Mais j’amais partager encore et encore ma musique préférée. C’est une des choses que je préfère au monde en fait et ça finit toujours par provoquer de belles rencontres. Aimer la même musique, c'est appartenir au même monde et y être forcément moins seul.
Merci Bruno.
BROADCAST
Le plus grand privilège que m'accordait mon statut d'animateur radio (c'est un grand mot), c'était non seulement de baigner dans la musique encore plus, mais surtout de pouvoir rencontrer des musiciens lors de leur passage à Montréal. Mais quand j'ai su que Broadcast allait donner son premier concert en Amérique du Nord pour souligner le 10e anniversaire du label britannique Warp Records, je me suis promis de m'y déplacer et surtout : d'obtenir une entrevue. Coup de chance, comme j'avais déjà interviewé Stereolab, Martin Pike qui était aussi manager de Broadcast m'avait replacé et a tout de suite accepté que j'interviewe le groupe. Il était évident qu'Olivier allait m'accompagner.
Arrivés dans le hall d'hôtel où on nous avait donné rendez-vous, j'attends nerveusement Trish, James, Tim et Roj... Je n'en étais pas à ma première entrevue mais je me demandais ce que le groupe allait penser d'un « journaliste » encore boutonneux qui est venu all the way from Montréal juste pour les rencontrer avec sa petite enregistreuse cassette à la main. Pas exactement le New York Times. Les présentations se font dans la gêne, puis ce qui devait être une entrevue est devenue une conversation naturelle malgré quelques rires nerveux. Au moment où Martin est venu nous voir pour demander au groupe de se préparer pour le concert du soir même, James m'invite à venir les rejoindre backstage après le spectacle. Incrédulité.
Le spectacle au Bowery Ballroom est un moment de musique interstellaire pour nous. Chaque kilomètre passé dans le bus non officiel froid qui s'est arrêté 20 fois sur la route qui avait duré 10 heures venait de prendre sens. Broadcast ont été sublimes. Je quitte l'hôtel avec le CD promo de leur premier album à paraître, The Noise Made by People. Et à l'intérieur de la pochette, une chose qui allait changer ma vie : leur adresse email écrite de la main de James.
Thanks "Jam".
TOOG - AKA GILLES WEINZAEPFLEN
Parmi les personnes que j'ai interviewées pour mon émission et qui m'ont le plus marqué, on compte Sarah Cracknell de Saint Etienne, Eirik Glambek Bøe de Kings of Convenience, Laetitia Sadier de Stereolab, sans surprise. Et encore plus haut dans la liste : Gilles Weinzaepflen, poète et musicien qui compose sous le nom de Toog. Moins d'un mois après le spectacle de Broadcast, je vois dans une petite annonce du feu-ICI que Toog, récemment signé sur le très label très trendy Le Grand Magistery comme les montréalais Stars, allait passer par Montréal pendant une tournée avec le britannique Momus et la japonaise Kahimi Karie au (re-feu) Jailhouse Rock Café. J'avais mis la main sur son premier album 6633 et j'aimais tout. Tout. L'humour, les sons de synthés purs et cette voix douce qui récite autant qu'elle chante. Du théâtre électronique. Et en français s’il vous plaît.
La musique de Toog laissait entendre un curieux personnage dont je suis tout de suite devenu moi-même curieux. Demande d’entrevue envoyée. Quelques jours plus tard, les promoteurs du spectacle m’accueillaient dans la salle sombre à la forte odeur de tabac. Gilles est là. Notre amitié a été instantanée. Pour moi du moins. Je n'avais pas encore rencontré beaucoup d'artistes francophones qui vivaient sur « ma planète » musicalement parlant. L'humour de Gilles était pour moi le meilleur, c’est-à-dire absurdement absurde et brillant. J'étais si heureux de découvrir qu'on pouvait être musicien sans se prendre au sérieux, moi qui avais tendance à considérer mes musicien.nes préféré.es comme des demi-dieux. L’existence même de Toog était la preuve qu’on peut faire de la musique seul et que le band n'a pas à être le but ultime. Après notre rencontre, Gilles et moi avons correspondu par email dans lesquels il m'envoyait certains de ses poèmes. Je les trouvais magnifiques, chaque fois. Tout ça sans imaginer un instant que nous étions sur le point de faire une tournée ensemble.
Merci Gilles.
MONTAG
Deux mois après la mort de ma mère, Broadcast donne un concert au Cabaret — leur premier à Montréal. Complètement perdu dans le brouillard de mon deuil, je voyais dans mes retrouvailles avec James et Trish un peu de lumière. Déjà notre correspondance m'était extrêmement chère, comprenant mal comment ils pouvaient vouloir entretenir un lien d'amitié avec un fan de l'autre côté de l'Atlantique. On s'échangeait des emails à chaque mois depuis un an déjà. Ils avaient été encore une fois — à mes yeux et mes oreilles du moins — extraordinaires. J'avais leur avais laissé entendre que je commençais moi aussi à composer de la musique avec Olivier, « rien de sérieux ». Ce à quoi Trish m'a répondu en me regardant droit dans les yeux : "You know, if you make music everyday, something good's going to come out of it. Eventually." Les mots se sont gravés dans mon esprit.
Au moment de se quitter, Trish me dit que je suis le bienvenu si je passe par l'Angleterre un jour. Une invitation que je n'ai pas oubliée non plus, si bien que je me suis retrouvé chez eux un an plus tard, puis une seconde fois en 2003 avant de faire leur première partie à Montréal et à Toronto. Qui aurait pu imaginer un truc pareil ? Pas moi en tout cas et je n'y crois toujours pas. Même si je comprends que mon amitié avec Trish était reliée surtout à toute l'intensité avec laquelle on aimait la musique, et la partager.
C'est Trish qui a réussi la première à me convaincre que j'étais capable de créer quelque chose par moi-même alors que je ne pouvais qu'en rêver. Et c'est comme ça qu'est né Montag. Un alter ego inspiré du personnage principal du roman de Ray Bradbury, Fahrenheit 451, et dont j'avais vu l'adaptation au cinéma par François Truffaut dans un cours d'anglais. Dans l'histoire de Montag, Trish est celle qui m'a accueilli de l'autre côté de la rivière parmi les Book People — des gens qui vouent à la musique la même dévotion que moi. J'étais donc prêt à me lancer seul dans ce qui allait devenir ma musique. Des collages de boucles de sonorités électroniques et acoustiques discrètes qui me soignent du départ de ma mère mieux que tout.
Merci Trish. Merci Montag.
ARE YOU A FRIEND?
Jetboy redevient Jetboy Jetgirl après ma rencontre avec Mathilde. Super fan de toutes les musiques, queer affirmée, elle a dansé dans tout Paris, sur tous les sons. On ne fait que parler de musique. Et comme je commençais à trouver ça un peu solitaire d'animer seul, c'était tout naturel de partager le micro. J'ai fait écouter une de mes musiques très brouillon un jour et, les yeux grands ouverts, elle m'a dit : « Il faut absolument que tu envoies ça à Gooom. » À qui ? Elle m'explique que c'est un label français d'électro plutôt minimaliste qui sort de la musique de groupes comme Mils ou Anne Laplantine. Anne qui ? Je m'exécute : une bouteille de plus à la mer, hop. J'avais approché deux ou trois autres labels et je n'y croyais pas vraiment.
Quelques semaines plus tard, je reçois un email de Jean-Philippe Talaga, dont je connaissais déjà le nom pour l'avoir écrit sur mon enveloppe. Il me demande mon numéro de téléphone, tout va très vite. Ça sonne. « Écoute, on adore tes morceaux, on sort ça tel quel. » Je tombe des nues. C'est vrai que j'avais gravé neuf morceaux sur mon CD-R, mais de là à en faire un album… Dans ma tête c'était des petites choses toutes croches et mal produites. Je comprends que Montag a le droit d'exister à l'extérieur de mon petit studio maison. Depuis la mort de ma mère, je sentais une extrême urgence de vivre. Et créer cette musique était à la fois ma raison d'être et mon exutoire.
Are You a Friend? est paru sur CD en France à l'automne 2002, me privant de partager ma musique facilement au Québec. Les réactions étant plutôt positives dans les journaux locaux, j'ai trouvé la motivation pour organiser moi-même une petite tournée canadienne artisanale avec mon ami Toog, venu généreusement all the way from Paris pour m'accompagner dans des bars presque vides à Ottawa — ou pire encore : Kingston. Il faut bien commencer quelque part. Mais je ne me doutais pas que j'allais être invité à tourner en France, de Paris vers la Bretagne, rien de moins. Inimaginable pour moi quelques semaines plus tôt. Je me lie d'amitié avec mes labelmates, dont Anthony et Nicolas d'un duo qui fait des vagues au-delà de la scène parisienne : M83. Une critique dans les Inrocks me fait sauter au plafond. On apprend à s'en détacher, mais au début, c'est une reconnaissance qui nous soulève complètement.
Merci Lamathilde. Merci Jean-Phi.
ALONE, NOT ALONE
Je n'ai pas attendu bien longtemps avant de penser à mon deuxième album. Le son d'Are You A Friend? me paraissait déjà dépassé, peut-être pour l'avoir entendu trop souvent. Pour m'assurer de changer de direction, j'allais composer en assemblant ensemble non plus des échantillons trouvés par hasard sur des vieux disques et des claviers, mais plutôt des enregistrements d'instruments acoustiques. Grâce à une bourse du CALQ, j'ai pu enregistrer une quinzaine d'instrumentistes qui ont répondu à des affiches que j'ai moi-même placées dans les écoles de musique. Un contrebassiste, une contre-bassoniste, une claveciniste... Et une percussionniste, Corinne René (avec qui je collabore régulièrement encore aujourd'hui), qui à elle seule m'a fait découvrir une foule d'instruments, en commençant par l'arbre à cloche et les crotales. C'était une matière première totalement différente qui allait composer l'essentiel d'un album fait seul, mais pas tout à fait non plus.
Autre nouvel ingrédient : la voix. D'une musique complètement instrumentale, j'ai joutais avec timidité quelques passages chantés, avec l'aide d'Ariel Engle (devenue La Force) et sans qui je n'en aurais peut-être jamais eu le courage. Amy Millan, du groupe Stars, avait également accepté de collaborer sur deux morceaux. J'associe sa voix à cette époque de Montag. C'est grâce à Amy et Ariel que ma musique est entrée dans le monde de la musique pop, car elle n'était plus strictement instrumentale.
Alone not Alone est paru à l'automne 2004 sur Gooom en Europe et quelques mois plus tard sur le label américain Carpark Records, grâce auquel ma musique allait enfin être distribuée au Canada. La décision de Todd Hyman de me signer a tout changé. Carpark était aussi une nouvelle famille de musicien·ne·s pour moi avec Dan Deacon et quelques mois plus tard, le duo Beach House qui sortait leur premier album. À la lumière de leur page Myspace, encore personne ne les connaissait. En 2006, ils ont fait la première partie de Montag à Pop Montréal. Difficile d’y croire aujourd’hui. Et le plus beau dsn tout ça c’est que nous sommes tout de suite devenus amis.
J'avais d'ailleurs beaucoup de mal avec la dimension live de Montag, mais je réalisais bien que ça faisait partie du jeu. Un passage obligé qui me faisait vivre dans le doute constant sur ma place dans cette « industrie » où je ne pouvais faire autrement que de me comparer aux autres. Heureusement, une critique de Pitchfork — la bible de l'indie quoi qu'on en pense — m'a fait sentir que j'avais peut-être ma place après tout. Mais intérieurement, allergique à la scène, je flottais encore dans une sorte d'éternel doute. Heureusement qu’il y avait Todd pour m’encourager à poursuivre mon travail de composition.
Thanks Todd.
GOING PLACES
Au moment de rencontrer Kris, je suis sur le point de terminer un cycle de concerts pour promouvoir Alone, Not Alone, en finissant par la tournée d'Exclaim! Magazine de 2005 qui allait me faire traverser le pays d'ouest en est en compagnie de Feist, mes amis Stars et The Organ. Mon coup de foudre pour Kris valait bien la peine de déménager de l'autre côté du pays. Il était sur le point de terminer ses études de théâtre et l'essentiel de son entourage était des artistes. On m'a laissé entendre qu'il manquait de concepteurs sonores pour le théâtre à Vancouver et rapidement, on me propose un premier projet : Recovery de Greg MacArthur, une histoire dystopique sombre dans laquelle les gens succombent aux plaisirs addictifs d'une nouvelle substance mystérieuse. Je me retrouve pour la première fois à créer non pas seulement de la musique, mais aussi des effets sonores. J'y prends goût tout de suite, même si l'aspect en direct me terrifie — ça n'a pas changé depuis.
Je me plais en théâtre dans le fait d'être enfin en équipe. Être Montag pouvait être vraiment très solitaire et j'enviais toujours les groupes que je rencontrais sur la route, qui semblaient avoir un esprit de famille. Je pense à Stars ou The Dears, que j'avais rencontrés dès leurs débuts. Ça semblait tellement plus simple d'être à plusieurs, malgré les frictions que ça pouvait causer. Mais cette solitude n'était pas totale : Montag me permettait de rencontrer des tas de gens partout dans le monde — des concerts à travers le Canada d'abord, puis au Mexique, au Royaume-Uni, à Singapour et un peu partout aux États-Unis. Je suis invité à faire la première partie d'un groupe à Tokyo. Irréalité pure.
Mais mes tournées les plus mémorables sont au Japon avec Au Revoir Simone. Annie, Erika et Heather sont des anges. Une sortie exclusivement japonaise de Montag, le EP Goodbye Fear, justifie bien d'y aller deux années de suite avec elles. Et l'élan créatif ne s'est pas arrêté tout le temps que j'ai vécu à Vancouver. C'est une période pendant laquelle j'ai sorti de petits EP fabriqués à la main sur des mini-CD-R, un format que j'adore. Il y a eu en plus d'autres projets de théâtre, un autre album — Going Places— aux mille collaborations (M83, Owen Pallett, Beach House, Poirier, Au Revoir Simone, Leah Abramson, etc.), sorti en 2008, toujours sur Carpark. J’avais fait un appel de sons en ligne pour pouvoir intégrer enregistrements venant de partout dans le monde dans le morceau titre. Toujours cette façon d’aller vers les autres pour ne pas avoir l’impression de composer seul. Ça avait donné une belle cacophonie de sonorités prisent dans plein de contexte différents. J’aime encore l’idée que le morceau contient une foule de “moments présents” captés sur le vif. Ce morceau est à ce jour parmi mes préférés de Montag parce qu’il intègre une foule de textures sonores qui pour moi sont toutes de la musique. Je m'éclatais vraiment et pour la première fois sur un album, j’assumais le fait de chanter — ou presque.
Merci Kris.
MEC PLUS ULTRA (AKA MPU)
J'étais heureux de retrouver Montréal à mon retour de Vancouver en 2008. La culture m'avait manqué. Le nightlife aussi. Lors d'une grande fête que j'ai organisée chez moi, j'ai invité François, avec qui j'avais collaboré à distance sur des émissions de télé dont il était le monteur et pour lesquelles il m'avait demandé de composer un peu de musique. Il me présente à Julien, un ami graphiste. Les deux me racontent à quel point le Village gai est devenu ennuyant au possible, avec la même musique commerciale partout. On s'est dit que ce serait quand même fantastique que Montréal puisse avoir des soirées gaies à l'extérieur du Village, comme à Londres ou à New York. On trouvait dommage cette ghettoïsation, même si on la savait aussi forcément nécessaire. Pourquoi ne pas faire la soirée nous-mêmes ? Julien ferait le logo, François s'occuperait des projections et pourrait mixer avec moi, histoire d'offrir autre chose musicalement. Montag allait donc devenir DJ… en club.
Notre trio avait un nom, l'Amour à trois™, et notre soirée aussi : Mec Plus Ultra. On a approché différents bars et c'est au Belmont qu'on a été accueillis le plus chaleureusement par Alessandro, un colosse au cœur tendre. Le succès fut instantané. MPU — un nom plus inclusif que l'original — est devenu la soirée gaie hors-village la plus durable de Montréal. Des thèmes complètement fous d'un mois à l'autre et des DJ à la tonne, y compris des bands comme The xx ou Black Tiger Sex Machine, en passant par Dragonette venus mixer après leur concert en ville. Des line-ups à n'en plus finir. Un phénomène. Julien a déménagé à Londres un an après nos débuts. Guillaume s'est intégré au trio. J'ai quitté le bateau après dix ans. Et François a poursuivi le travail jusqu'en 2025. Personne n'avait vu venir.
Merci François, Guillaume et Alex.
PORTRAIT SONORE
Dans les mois qui ont suivi mon retour à Montréal, une autre rencontre allait changer mon parcours de compositeur — celle avec Sophie Mankowski. Elle avait eu l'idée de créer un audioguide sur l'architecture moderne de Montréal et cherchait quelqu'un pour en faire l'accompagnement musical. J'ai commencé à voir Montréal autrement, à enregistrer ses ambiances, mais aussi à traduire en sons des lieux iconiques comme le silo no 5 et ses immenses cylindres d'acier. C'était une dimension du son que je n'avais pas encore explorée. Notre collaboration s'est transformée en co-fondation : l’OBNL Portrait sonore est née. Des parcours d'un océan à l'autre, puis concentrés sur Montréal. Ça m'a amené à étudier le rapport entre musique et architecture lors d'une résidence au Banff Centre, en Alberta. Comment un espace peut-il dicter une structure musicale?
Au fil des ans, j'ai invité des collaborateur·trice·s — musicien·ne·s, comédien·ne·s — pour enrichir nos parcours. Dans chaque projet, l'exercice est resté le même : imaginer la musique correspondant à un endroit précis dans la ville. Presque vingt ans plus tard, je compose encore pour des lieux — une ruelle, une bibliothèque, une sculpture, une murale…
Merci Sophie.
PAUSE ET PHASES
Je me souviendrai toujours où j'étais au moment où j'ai lu le post "RIP Trish" sur la page Facebook de Nicolas Fromageau, ex-M83. Il neigeait. Le choc était total. On avait annoncé deux semaines plus tôt qu'elle était hospitalisée après avoir connu des troubles respiratoires, mais j'étais convaincu qu'elle se remettrait sur pieds. En fait, elle est morte des suites de la H1N1 qui faisait des ravages en Asie, alors qu'elle était tout juste de retour d'une tournée australienne avec escale à Bangkok. Une des plus belles voix que j'avais entendues n'existait plus maintenant que sur les chansons de Broadcast. C'est vraiment là que j'ai compris l'ampleur du rôle qu'elle avait eu pour moi. Elle m'a ouvert la voie vers tant de musique, compilation après compilation. De Moon Dog à Ennio Morricone en passant par Vashti Bunyan et Wendy and Bonnie. Je n'avais envie que d'une chose : créer davantage. Encore cette urgence de vivre. Phases est né de ça.
Après Going Places, Montag a connu un vide. Deux ans s'étaient écoulés depuis mes dernières sorties. Hibernation, un EP moins inspiré qui m'indiquait que la flamme n'y était plus vraiment, puis un autre EP plus satisfaisant pour moi — Des cassettes et un Walkman jaune, une petite compilation de reprises de Low et des Breeders, entre autres. Plus simple de se lancer dans la musique des autres que la mienne. L'idée d'un album me paraissait accablante, alors j'ai trouvé un stratagème : dès janvier 2012, je m'obligerais à composer deux morceaux par mois pendant un an, comme s'il s'agissait de 45 tours mensuels, une face A et une face B. Au bout de l'année, j'aurais forcément un disque complet.
J'avais vu sur YouTube un making-of fabuleux de Heart of Glass de Blondie et je me demandais pourquoi les musicien·nes parlaient si rarement de leur façon de composer. J'ai trouvé à l'époque — je trouve ça limite cringe aujourd'hui — que c'était sûrement intéressant d'exposer mon processus créatif. Alors je me suis aussi obligé à créer un court audio-documentaire pour chaque "single" du mois. Et pour ajouter au défi, j'ai déterminé à l'avance quelques contraintes mensuelles : un morceau acoustique en août, un morceau très pop en janvier, une chanson en français en mars (dont Pierre Lapointe a d'ailleurs accepté d'écrire les paroles), etc. C’était le système que j’avais trouvé pour être assurément productif et parvenir à terminer un album.
Comme pour Going Places, les collaborateurs ne manquaient pas sur cet album que j'ai appelé Phases. La liste est longue, mais il faut mentionner Dominic Vanchesteing (Éthier de son vrai nom) pour son aide précieuse à l'enregistrement, Simon R. Tremblay (Native Cell), ami et collaborateur de longue date, membre des fabulous Les amis au Pakistan, et en fin de parcours, après la sortie du vinyle en 2013, Navet Confit et Mat Vezio qui sont devenus "mon band" le temps de trois spectacles. Je n'avais plus rien à envier à personne. Jean-Philippe, Mathieu et moi nous appelions “les fées” pour rire. Au bout du compte, Phases est sans aucun doute mon plus grand accomplissement pop, encore une fois grâce à toutes ses collaborateurs.rices.
Merci les Fées.
ÉCRIRE
Une autre mort, décidément. Celle de mon père cette fois. Lui-même médecin en soins palliatifs, il a été parmi les premiers au Québec à demander et obtenir l'aide médicale à mourir. C'était en 2016. Inutile de dire que je n'ai pas vécu son départ facilement. J'ai tenté de créer de la musique pour garder la tête hors de l'eau et, sans comprendre pourquoi, tout me semblait off. Le courant ne passait plus entre moi et Montag. Heureusement, le théâtre et d'autres engagements m’ont gardé très occupé — de gros projets avec Robert Lepage entre autres, mais aussi avec des metteurs en scène extraordinairement talentueux qui sont vite devenus des amis et collaborateurs de longue date : Sébastien David, Louis-Karl Tremblay, puis Maxime Carbonneau, pour ne nommer que ceux-là.
Je sentais qu'il fallait trouver une façon de digérer ce que j'avais vécu avec mon père et, naturellement, baignant déjà dans le son, j'ai pensé créer un balado sur notre rapport collectif à la mort. Les démarches se font, et boom : pandémie. Radio-Canada, qui devait produire mon projet, se désiste. La société d'État préférait diffuser un contenu plus « divertissant ». Énorme claque. Je m'en suis remis en décidant d'écrire. C'est à la porte d'Atelier 10 que je suis allé cogner, et son éditeur en chef, que j'avais rencontré à l'université, m'a ouvert la porte. Je découvre qu'écrire ne se fait pas seul. L'éditrice Vanessa Allnutt m'accompagnera jusque dans les moindres détails de ce qui allait devenir un livre. J'y ai mis beaucoup de cœur, mais il est évident que je n'aurais jamais atteint le fil d'arrivée sans elle.
Je suis depuis invité à des conférences sur les soins palliatifs et sur le deuil — chose que je n'avais jamais pu imaginer faire avant. La musique en veilleuse, c'est l'écriture de Mettre la mort à l'agenda qui aura changé la façon dont je vois le départ de mon père. La page est tournée, enfin.
Merci Nicolas. Merci Vanessa.
L'ABRI
Une pandémie. Une foutue pandémie. Ça fout le bordel partout — on compte les morts, on se retrouve sur les écrans non-stop, on remet tout en question. Pour moi, dans toute l'angoisse que je vivais, ça a été de me demander comment nous, musicien·ne·s, pouvons faire pour rendre service pendant une telle crise. Se réinventer ? Arrêtez ça. La musique avait toujours été pour moi thérapeutique, mais elle devenait maintenant essentielle. Je n'allais pas sortir Montag du congélateur. Il me fallait autre chose. Une autre musique aussi. Celle qui cherche très consciemment à soigner, à calmer, à traverser cette période plus qu'étrange. Pour moi-même, et pour les autres tout autant. J'ai donc pensé au nom L'abri — c'était tout ce qu'il restait à faire : trouver refuge dans la musique pour se protéger de toute l'adversité ambiante.
Comme d'habitude, je n'avais pas le cœur à créer seul et j'ai contacté mon amie harpiste Éveline Grégoire-Rousseau, avec qui j'avais déjà collaboré à quelques reprises dans un réel bonheur, pour lui demander si elle accepterait de créer avec moi quelques compositions faites sur le vif, dont l'objectif premier serait d'apaiser. Du nouvel âge ? Oui, peut-être bien. Je ressentais très fort le besoin de me bercer dans ce genre d'atmosphère. Une musique douce, tout simplement. Nous n'avons pas perdu de temps : deux morceaux par semaine pendant les deux premiers mois de la pandémie. La harpe d'Éveline, parfois intacte, parfois passée à travers mes machines, avec en toile de fond des ambiances enregistrées dans la ville. Du nom un peu alambiqué L'abri + EVELINE, nous avons opté pour Une aube en 2025, au moment de ressortir ces morceaux qui dormaient sur Bandcamp. On ne fait pas beaucoup de bruit avec ce type de musique. Rêves en cours est sorti discrètement, nettement plus expérimental que nos premières compositions. Mais je n'en suis pas moins fier.
Merci Éveline.